
Gabriel Filippi fait de l’escalade de roche, de glace et est un alpiniste de haute altitude. Jusqu’à ce jour, il a atteint le sommet de plusieurs montagnes, dont six font partie de la Couronne des Sept Sommets (plus haut sommet sur chacun des sept continents) : le mont Everest (Asie), le mont McKinley (Amérique du Nord), le mont Aconcagua (Amérique du Sud), le mont Kilimandjaro (Afrique), le mont Elbrouz (Europe) et la Pyramide Carstensz (Océanie).
Il s’active présentement à gravir le dernier des sommets et pourra ainsi voir son nom figurer sur la courte liste d’alpinistes (un peu plus d’une centaine à travers le monde) ayant réussi cet exploit.
Visionnaire, monsieur Filippi innove avec des expéditions hors du commun. Par exemple, il a réussi une première mondiale en tant que chef d’expédition ayant mené un greffé cardiaque au sommet du mont Blanc, en France.
Écrivain et humaniste en plus d’être aventurier, monsieur Filippi a voyagé dans plus de 40 pays en quête d’aventures de toutes sortes!
En premier lieu, il faut croire en sa mission. En conférence, je mentionne qu’il est crucial d’avoir un objectif précis, réalisable et mesurable. Une
fois l’objectif déterminé, la prochaine étape est le fameux « comment
y arriver ». Pour ce faire, je fais appel à tous les intervenants pour une session de remue-méninges. Cette session permettra de couvrir toutes les bases et ainsi de bien planifier les ressources humaines, financières et matérielles, nécessaires à l’atteinte de mon objectif.
Une fois que l’on a établi un plan de match précis, il faut le suivre avec rigueur. Il faut être réaliste en sachant qu’on aura des obstacles sur la route, mais ce ne sera pas une raison pour abandonner au premier pépin. Ce n’est pas parce qu’on a une crevaison qu’on va abandonner l’auto sur le bord de la route. Advenant un imprévu incontournable, il faut se donner la chance de modifier le parcours pour accéder au sommet.
Tout comme une expédition, une année scolaire a un début et une fin. Tout comme le chef d’expédition, la directrice ou le directeur de l’établissement scolaire a une stratégie à établir pour atteindre l’objectif durant cette période précise. Tout comme le grimpeur, l’enseignante ou l’enseignant a besoin de repères, de données quantifiables et mesurables pour l’aider lors de son ascension vers l’objectif ultime.
J’ai ce que j’appelle des indicateurs sur le plan mental. Comme l’objectif est grand, il serait facile de se décourager en chemin. Donc, je découpe la montagne (l’objectif) en diverses étapes qui sont en réalité mes camps. Puis, à chacune d’elles, j’y ajoute des échéances raisonnables et réalisables. Tout à coup, la montagne me paraît moins impressionnante, plus accessible et ces étapes mesurables me donnent une bonne indication de ma progression vers le sommet.
J’ai également des indicateurs sur le plan physique tels que ma saturation en oxygène, des problèmes de santé graves (œdèmes pulmonaire ou cérébral), les engelures, l’épuisement, le mal aigu des montagnes. Ce sont tous des éléments qui en quelque sorte représentent ma note de passage, qui m’indiquent si je peux poursuivre plus haut ou bien mettre fin à mon expédition. Si je n’avais pas d’indicateurs, autant physiques que mentaux, je serais voué à l’échec.
Une des grandes forces du leader c’est d’être transparent face à l’objectif et d’être à l’écoute de ses gens. Ma technique est d’aller vers celui qui a besoin d’aide, de me mettre à son niveau. Je peux ainsi mieux le comprendre et lui donner les outils nécessaires pour atteindre notre objectif commun. Le leader doit aussi s’assurer que le groupe respire le positivisme. Mon rôle est d’assurer que chacun trouve sa place dans l’équipe afin qu’il sente qu’il contribue directement au projet et qu’une partie du succès lui revient. Dans une équipe, la force c’est l’union des différentes compétences. C’est ma responsabilité de déléguer des responsabilités propres à chacun et que les autres membres se fassent confiance mutuellement. Chacun devient alors leader d’une partie du projet. En se faisant, chacun se sent valorisé et le sentiment d’appartenance au groupe permet à l’équipe de grimper dans la même direction.
Innover, c’est foncer là où personne n’a encore osé s’aventurer. L’expédition au mont Blanc en est l’exemple parfait. Nous avons fait cette expédition en totale autonomie, ce qui signifie que chaque grimpeur, incluant le greffé du cœur, transportait tout le matériel nécessaire pour l’ascension, incluant les tentes. Pour un chef d’expédition, ce défi amène une pression additionnelle à plusieurs niveaux, d’où l’importance de bien planifier et d’être bien organisé. Il y avait une grande part d’inconnu, autant quant à l’issue qu’au déroulement au quotidien. Un greffé du cœur peut-il gravir 4 810 mètres? Un cœur greffé sera-t-il affecté par le manque d’oxygène en altitude? Le cardiologue, sans salle d’urgence en montagne, pourra-t-il faire le nécessaire si un problème surgit? Comment gérer l’inquiétude de la famille du greffé, qui est marié et père de cinq petits garçons? Donc, en tant que chef d’expédition, j’allais être confronté à une nouvelle situation jamais vécue auparavant en montagne. L’important était de trouver des solutions rapidement, mais surtout de prendre les bonnes décisions. Le succès de cette expédition est devenu une première mondiale pour un greffé du cœur en totale autonomie sur la montagne.
L’échec peut parfois être dû à un manque de connaissance, de formation ou d’expérience. Il faut savoir se remettre en question. Alors, je continue de m’instruire, je m’informe sur le nouveau matériel disponible et sur les nouvelles techniques développées. Je lis beaucoup sur des expéditions passées et sur la vie des gens à succès. J’ai vécu dix ans dans le Grand Nord canadien et j’ai observé chez les Autochtones un grand respect envers leurs aînés, qu’ils consultent lors de décisions importantes. Ils représentent la sagesse et l’expérience. Je parle donc avec des gens qui ont réussi ce que je tenterai. De cette façon, je peux éviter des erreurs qui me conduiraient droit à l’échec.
Je me suis rendu compte qu’en relevant ces défis, je pouvais aider les gens à ma façon. Les expéditions comportent un volet humanitaire où je m’engage pour une cause. En entrevue avec les médias, je peux donc tourner l’attention vers cette cause. Lors de conférences en entreprises, je peux inspirer les gens à se réaliser autant professionnellement que personnellement, seuls ou en équipe, et à atteindre de nouveaux sommets. Dans les écoles ou lors de conférences publiques, je veux que les gens non seulement voient leurs propres rêves, mais qu’ils croient en eux pour mettre le tout en action et réaliser leur Everest.
Le fait de me lancer des défis personnels a toujours été un de mes traits de caractère. Je ne suis pas en compétition avec les autres, mais avec moi-même. J’ai ainsi beaucoup appris sur moi, sur les autres et les relations entre les individus. Les expériences vécues m’ont permis de découvrir certaines forces en moi dont j’ignorais l’existence et des faiblesses que je peux corriger. Ainsi, dans des situations où j’étais seul en haute altitude, confronté à la mort d’amis grimpeurs, à la peur, à la solitude et à d’autres sentiments négatifs, j’ai appris à gérer ces difficultés afin de pouvoir survivre dans ce milieu hostile. Des moments certes pénibles, mais qui m’ont fait grandir et qui aujourd’hui me permettent de relativiser certains détails anodins du quotidien. Cela m’a forgé un caractère de fonceur teinté d’une attitude de gagnant. Je recherche l’excellence tout en restant humble devant mes réalisations. Ces objectifs personnels m’ont tellement influencé que je cherche toujours à me dépasser un peu plus que la dernière fois; je ne peux pas accepter le statu quo, alors je repousse mes limites tout en restant réaliste par rapport à mes capacités.
Ah, vous me rappelez de bons souvenirs de la petite école! Cette chère madame Élisabeth Charland. Contrairement à d’autres professeurs qui utilisaient encore la règle pour corriger les gauchers comme moi, madame Élisabeth avait son sourire pour nous accueillir dans sa classe. Tout de suite, cela me donnait le goût d’apprendre. Elle aurait pu m’enseigner le théorème de Pythagore pendant trois heures d’affilée sans que je ferme un œil! Élisabeth Chartrand enseignait l’anglais. Comme je vivais dans un milieu francophone, ma connaissance de l’anglais s’arrêtait à « yes » et « no ». Nous avions un voisin anglophone et chaque fois que nous voulions lui demander de venir jouer au hockey avec nous, il me fallait aller voir ma mère pour qu’elle me dise « Do you want to play hockey with us? » Vous comprendrez que la peur de l’échec du cours d’anglais me hantait au plus haut point et encore pire, la peur de parler anglais devant les autres élèves. Madame Élisabeth a donc réussi à me donner confiance face à ce grand défi que représentait l’anglais. Sa technique d’enseignement où le jeu servait d’apprentissage m’a conquis, comme tous les autres qui étaient dans ma situation. Tellement qu’au retour à la maison je me prenais pour Shakespeare!
Premièrement, j’aimerais leur dire qu’ils sont sur une courte liste de professions dont j’admire le courage, le don de soi et le dévouement. J’ai un grand respect pour ces gens qui consacrent leur vie à transmettre le savoir à nos enfants. Ma conjointe et moi avons quatre filles à l’école et nous savons combien vous êtes importants dans leur cheminement de vie. Nous nous efforçons de leur faire comprendre l’importance de l’éducation et le respect des enseignants.
Je me promène dans les écoles et je vois les défis auxquels vous faites face. Des jeunes viennent me voir, certains m’écrivent et me parlent de leurs problèmes. De nos jours, vous devez non seulement enseigner, mais bien souvent aussi, vous allez au-delà de votre profession en aidant des jeunes qui sont dans des situations personnelles très difficiles. En leur donnant des conférences, je me suis aperçu de l’impact positif que je pouvais avoir sur eux. Après la conférence, je repars toujours de l’école en me disant « Gabriel, si tu en as sorti un de la drogue, des gangs de rue, du décrochage scolaire, alors cela en valait la peine ». J’espère que vous vous dites la même chose. Il faut toujours croire que l’on fait une différence, que l’on a un impact sur eux. Pensez à vos anciens élèves et voyez où ils sont rendus. Il y a sûrement des réussites, des cas où vous avez fait la différence. Restez à l’écoute de nos jeunes. Ce sont eux demain qui dirigeront notre destinée. Ces jeunes, c’est votre Everest professionnel! Amenez-les au sommet avec vous! Et aussi, gardez-vous du temps pour gravir votre propre Everest! ![]()
Le 12 mars dernier avait lieu l'inauguration officielle d’une école que nous (Fondation Ad Astra) avons fait construire en l'honneur de mon ami Sean Egan, professeur à l’Université d'Ottawa, décédé lors d’un assaut du mont Everest.
À notre retour de l'Everest en 2007, notre équipe s'est arrêtée à l'orphelinat Child Haven (organisme canadien) à Katmandou. Nous avons rencontré le directeur de l'école. Il nous a parlé d'un problème d'eau potable et nous avons décidé d'en faire notre mission en construisant un puits.
Nous allons donc faire une tournée dans les écoles du Québec et de l’Ontario où nous présenterons une conférence en français ou en anglais. Le coût de la conférence est de 1 000 $ et tous les fonds iront à la construction de ce puits. Certaines écoles organisent des activités pour collecter ce montant d’argent, d'autres reçoivent de l'argent d'entreprises locales pour organiser cette conférence. Nous débuterons la tournée en mai et nous continuerons jusqu'à ce que le puits soit payé.
Pour plus d'informations, les gens intéressés pourront me contacter à l'adresse suivante : filippigabriel@yahoo.ca